Retour vers le futur…par Marie-Claude Gouget

Avec « La logique du fantasme »* nous nous trouvons à mi-chemin de l’inconscient de Freud, et du futur nôtre, à savoir le parlêtre : en effet, ce compte rendu du Séminaire1966-1967 m’est apparu comme un tremplin entre ces deux époques et je retiendrais cette phrase du texte qui indique, pour moi, ce virage vers le corps parlant : «ce lieu du grand Autre n’est pas à prendre ailleurs que dans le corps ». Et c’est en suivant le fil de l’interprétation, « qui vise l’objet petit a du fantasme »(1), travail déjà amorcé en cartel à partir de la clinique de l’enfant d’aujourd’hui, que j’ai lu ce texte proposé par Florence Nègre.
«… pour prendre les choses au niveau de l’interprétation (nous dit Lacan), le fantasme y fait fonction d’axiome »* : un axiome, dans le champ de la logique et des mathématiques modernes, est une proposition fondamentale à partir de laquelle les autres propositions du langage considéré, se déduisent. C’est dans ce texte que Lacan poussera le plus loin cette exigence de déclinaison logico-grammaticale pulsionnelle du fantasme. Le fantasme, réduit à une phrase impersonnelle sur le modèle de « un enfant est battu » se présente donc comme constant, « c’est un clavier logique »* qui désigne « la place du réel »*. Et ce, pour qu’un analyste « y trouve sa graine ». Pour Lacan, l’analyste se doit d’en dégager cette constante, au-delà des variables symboliques et imaginaires.
Dans « Biologie lacanienne », Jacques-Alain Miller nous indique que « la formule du fantasme (d’avant le parlêtre, précise -t-il) écrit la nécessité de compléter par un élément corporel le sujet du signifiant »(2). Lacan au début de ce texte rappelle, puis développe « la vertu de notre schéma de l’aliénation (1964), ici (1967) saillante aussitôt d’ouvrir le joint entre le ça et l’inconscient »*. Il invite donc les analystes à aborder le fantasme fondamental par le biais d’une logique de l’acte où s’alternent des opérations d’aliénation et de séparation, deux opérations où se formulent la double causation du sujet.
Il y a un temps dans la cure où l’interprétation renvoie à la primauté du symbolique et au savoir inconscient structuré comme un langage : l’analysant y reçoit son propre message sous une forme inversée, avec effet de sens, effet de vérité. Un deuxième temps serait, à partir de la construction du fantasme fondamental dans la cure, la mise à jour de celui-ci et de sa traversée. L’analyste y pointerait l’aperçu, ce « ça-voir » sur la jouissance du grand Autre. Dans « Chose de finesse en psychanalyse », Jacques-Alain Miller nous dit, à propos de l’interprétation : « Toute interprétation vise à séparer l’atome de signifiance dans la molécule fantasmatique »(3). Quant au troisième temps, il est du temps du parlêtre, ce dont les AE témoignent déjà. D’une interprétation comme nomination, où il s’agit de nommer la percussion du langage sur le corps. Et là, j’ai pu noter qu’on y parlait « d’outre-passe »…
Ce texte de Lacan s’appuie sur le fait : « qu’il n’y a pas d’autre entrée pour le sujet dans le réel que le fantasme ». Dans les récents témoignages de passe que j’ai pu lire où écouter il y est très peu fait mention de cette traversée du fantasme fondamental : alors, à l’époque de l’Un tout seul, est-ce un passage obligé d’une cure menée jusqu’à son terme ?

Marie-Claude Gouget pour le Séminaire interne du 7 Mars 2015

Bibliographie :
*Jacques Lacan, « La logique du fantasme », p.323 dans Autres Ecrits

(1) Jacques- Alain Miller : Mental n° 30 p.171
(2) : Biologie lacanienne p. 36
(3) : Choses de finesse en psychanalyse, leçon du 13 mai 2009, p. 8