Les cartels en 2014-2015

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Pour toute information concernant la constitution ou la recherche d’un cartel s’adresser à:  Dominique Hermitte, déléguée aux cartels de l’ECF – dominiquehermitte@wanadoo.fr

Le Cartello 10 vient de paraître, avec des textes de cartellisants de plusieurs régions – CAPA, MAP, et Midi-Pyrénées- qui sont branchés sur des thèmes d’actualité pour l’Ecole !

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A lire absolument : Le cartel : une séance d’élaboration à plusieurs ? par Jérôme Lecaux,  nommé Analyste de l’Ecole (A.E.).

 Le cartel : une séance d’élaboration à plusieurs ?
Jérôme Lecaux

J’ai toujours travaillé en cartel depuis que je me suis intéressé à Lacan. Ma manière de le faire a beaucoup évolué vers une plus grande liberté. J’y ai appris à m’enrichir des lectures des autres qui remettaient en cause, complétaient ou différaient tout simplement beaucoup de la mienne. J’y ai appris à ne pas combler les trous de mon incompréhension par des interprétations imaginaires. Ce fut une école de rigueur et de logique. J’y ai également découvert la façon dont les phrases lacaniennes pouvaient avoir une structure borroméenne, ou bien dont un mot en début de phrase, repris ensuite, n’avait plus toute à fait le même sens. La façon qu’a Lacan de produire des formules inattendues qui prennent le lecteur (auditeur) à contrepied.
En cartel j’ai appris à aimer une lecture qui m’avait désespérée par sa difficulté. Ou à suivre ma question à travers un texte. Ou encore à essayer de cerner à quelle question Lacan travaille, dans quel contexte, à quel moment de son enseignement. Ou alors des éclairs de compréhension après avoir ensemble butés sur une difficulté. Il y a des moments où le texte s’ouvre. D’autres où j’ai perdu ce que j’avais bel et bien compris. L’expérience de relire une énième fois un texte et d’avoir l’impression de le lire pour la première…
Bien sûr, j’ai connu des cartels qui ont mieux marché que d’autres. Ceux qui m’ont procuré les satisfactions les plus intenses sont ceux où se produisait une élaboration à plusieurs qui permettait un gain de savoir pour chacun ; une sorte d’effet multiplicateur plutôt qu’une addition des connaissances. Une confluence des travaux. Cela peut alors ressembler à une «séance » d’élaboration à plusieurs.
Il ne s’agit pas, bien sûr, de confondre la cure et le cartel. D’un côté le savoir inconscient, le corps, l’analysant, de l’autre les textes, la clinique, parfois l’expérience personnelle.
Mais il y a une étrange ressemblance dans ce qui peut se produire de touches successives, de tentatives, puis de constitution d’un savoir qui émerge ou cristallise, peut-être parfois se précipite. En en parlant dans notre cartel ce soir, j’ai été amené à apporter des précisions : il y a déprise et prise ; « déprise » car comme dans la séance, je me laisse aller à une liberté de dire, d’explorer. Je lâche le travail préparatoire pour venir à une parole vivante. « Prise » car quand le travail est lancé, par une vraie question, qui réactualise un trou dans notre savoir, alors nous sommes pris par la question qui nous saisit. Et alors, pas toujours, les contributions fusent. Il peut y avoir « sur-prise ». Ce que je trouve saisissant, c’est cette expérience de l’élaboration « entre » nous, qui me donne l’impression de contribuer à quelque chose qui ne m’appartient pas, qui me dépasse ou me traverse ; structure ? Discours ? Nœud ?
C’est vivifiant.
Le cartel est aussi un apprentissage du travailler ensemble, de respecter le style ou le symptôme de chacun. Apprendre à éviter le copinage stérile, la rigidité ou les prestations narcissiques envahissantes. Eviter de travailler toujours avec les mêmes, s’enrichir de travailler avec des collègues avec lesquels on n’a que peu d’affinités. Ou bien avec des nouveaux qui
n’ont jamais lu Lacan… J’aime pour le cartel que le lieu soit itinérant. On se déplace chez l’un, puis chez l’autre : on se dérange. J’aime aussi que chacun travaille à chaque fois, pas à tour de rôle, comme ça se pratique également. Mais pas sur un mode surmoïque ; il peut arriver qu’on n’ait pas eu le temps de lire le passage étudié, même si c’est dommage !
J’aime la légèreté sérieuse, et la joie au travail.
PS: La manière dont ce texte s’est écrit illustre mon propos : texte 1 suivi de votre retour sur un point délicat. Texte 2 en réponse à votre remarque. Suivie de votre proposition de ne pas remplacer le texte 1 par le texte 2, mais d’en faire un texte 3. Ce que j’ai fait. Pour moi l’objet de mon texte s’est trouvé actualisé, mis en œuvre, dans cette façon de faire ; c’est aussi une « élaboration à plusieurs», à la façon du cartel. Question subsidiaire (non sans humour): qui est l’auteur du texte ? Est-ce «moi» ?

CARTELLO – ECF – 5
n° 9 – mai 2015

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