AUTISME : entretien avec Chantal Simonetti, ECF, ACF-MP

Décembre 2016

Entretien réalisé par des lycéens et des étudiants

Chantal Simonetti vous êtes psychanalyste et vous avez rencontré des enfants autistes pendant de nombreuses années. Pourriez-vous me dire dans quel cadre vous les avez rencontre ?

 Dans un l’hôpital de jour, petite structure hospitalière installée dans une villa avec jardin où les enfants autistes viennent partager des moments quotidiens avec une équipe de soignants sous la responsabilité d’un psychiatre. En tant que psychologue clinicienne, je les rencontre en présence des autres enfants et des soignants, soit sous forme de petites réunions, soit en individuel dans le cadre de la CMP, Consultation médico-psychologique où l’enfant est accompagné par ses parents ou un professionnel. Je participe à une réunion clinique hebdomadaire où toute l’équipe est présente, cela  permet de mieux prendre la mesure de la pratique de chacun dans ce qui l’engage auprès chaque enfant.

Qu’est-ce que le contact avec les enfants autistes vous a enseigné au cours de ces années ?

Actuellement, on pense que l’autiste est muet, qu’il se bouche les oreilles et qu’il n’est pas en mesure de parler. Cela se présente ainsi pour certains mais d’autres nous démontrent qu’ils ont toujours parlé même si c’est quelquefois à d’autre fins que de communiquer. Ainsi Christophe, mutique que je recevais depuis un petit moment en présence de sa mère, s’est mis un jour à lui dire en séance, « Maman j’ai soif, je voudrais un verre d’eau ». Le sujet autiste souffre de sa solitude, il désire communiquer mais ne se sert pas du langage courant, familier. Il préfère souvent s’inventer une langue incompréhensible qui le sépare de l’Autre. La première fois que j’ai reçu Georges, il parlait dans un micro une langue de sa propre invention, ne laissant aucune place au dialogue. ll annulait toute dimension d’adresse et de présence de l’Autre. Donna Williams, jeune autiste écrit que pour elle, il est préférable de communiquer par le biais des objets car c’est sans danger. Elle préfère se servir d’un langage privé et se construit un double. Le sujet autiste peut supporter la présence d’un partenaire nouveau quand celui-ci sait se faire absent de son énonciation. « Fermer les yeux et les oreilles pour m’entendre et me voir vraiment » dit Donna Williams.

 Comment établir une relation avec l’enfant autiste ?

Il ne convient pas de se situer dans la réciprocité imaginaire, de ne pas incarner un double mais en supporter l’image. Le sujet autiste saisit fréquemment de la main de l’Autre comme un simple objet, un meuble. Il chosifie les autres et se protège contre les manifestations du désir de l’Autre et de l’émergence de la voix. Ainsi par la main de l’Autre, il se branche sur le corps du double qui lui permet de s’arrimer. Les comportements de l’enfant autiste sont irrationnels, ils sont souvent des modes de protection contre l’angoisse. L’immuabilité, le fait qu’il faille que rien ne bouge autour est une protection rassurante.

Est-ce que l’autisme est une maladie, un handicap ou une manière d’être, d’entrer en contact, différente des autres ?

A ma connaissance, aucun gène majeur n’a encore été identifié et l’hétérogénéité des résultats obtenus lors des études de liaison suggère une grande variabilité génétique de ce syndrome.[1] Aucun examen biologique ne permet de contribuer au diagnostic. Si un jour on finissait par découvrir un dysfonctionnement biologique, l’individu devrait toujours en subjectiver les conséquences. Nous avons la chance actuellement d’avoir de remarquables témoignages d’autistes de haut niveau qui nous donnent quelques repères dans la clinique classique de l’autisme telle qu’elle fut découverte par Leo Kanner en 1943 et par Asperger quelques années plus tard. Birger Sellin, autiste profond témoigne, d’une grande richesse intérieure dans un livre « Une âme prisonnière » . Birger lit de nombreux livres depuis l’âge de 5 ans mais il ne parle pas, il hurle, témoignant d’une très forte angoisse que les stéréotypies arrivaient à soulager quand il était petit.

 Est-ce que ces enfants sont accueillis dans des structures scolaires ? Comment s’intègrent-ils avec les autres ? Comment se font les apprentissages ?

Les enfants accueillis dans notre hôpital de jour sont très jeunes (1 à 8 ans.) La plupart sont scolarisés dans les écoles de la région et ils bénéficient quand cela est nécessaire d’une AVS, auxiliaire de vie scolaire, cette personne est très précieuse pour lui car elle lui permet de s’orienter dans la vie de groupe et se débrouiller avec les exigences de l’apprentissage. Plusieurs d’entre eux sont actuellement considérés comme de très bons élèves et ont appris à lire avant le CP. sans l’intermédiaire direct de l’enseignant en bénéficiant de l’avantage d’être dans des classes à plusieurs niveaux. Certains participent à des activités éducatives dans des établissements spécialisés.

Les progrès avec le langage peuvent quelquefois être fulgurants, ils passent de l’écholalie à des phrases bien construites. Certains apprennent en série des choses qui ne font pas sens : l’annuaire téléphonique, les marques de voiture etc ou font de savants calculs mentaux. A la cours de récréation, ils peuvent être en difficulté dans leur mode de relation aux autres. La présence d’un adulte permet de surmonter ses peurs, de mieux appréhender le contact difficile à l’Autre.

Les enfants autistes apprécient de pouvoir venir se ressourcer une partie de la journée à l’hôpital de jour où ils participent à divers ateliers marionnettes, contes, bricolage, peinture, cheval, escalade, piscine etc où ils peuvent exprimer leurs angoisses profondes et tenter de les traiter grâce à des soignants qui les écoutent dans leur dimension singulière de sujet. Il ne s’agit pas de guérison mais de parcours accompagné pour leur permettre de s’épanouir. La place est faite à l’invention pour chaque sujet.

Est-ce qu’on peut prévenir l’autisme ?

Actuellement, nous recevons des enfants de plus en jeunes. Ce qui indiquent que les troubles sont repérés très tôt par les parents, le médecin, la PMI, l’école et c’est une bonne chose. Hélas il y a en France une grande pénurie de moyens d’accueil et cela reste quelquefois à la charge des parents.

[1]     S Jasmain, C Betancur, B Giros, M Leboyer et T Bourgereron « La génétique de l’autisme » Médecine et sciences, 2003, 19,11,P1088