Se malentendre autour d’un enfant, par Nicolas Batsalle, Richard Colombani et et Sabine Sogny

Quand le discours parental s’articule autour d’un malentendu laissant libre cours à des griefs passionnels, il peut en résulter pour l’enfant d’être aux prises avec une dualité imaginaire mettant à mal l’avènement d’un ordre symbolique. C’est ce qu’il s’agit de mettre en perspective autour de l’étude d’une situation familiale accueillie au Point Rencontre.

 Le Point Rencontre est un lieu neutre, collectif,  qui s’adresse à toute situation familiale où l’exercice du droit de visite est interrompu, difficile ou trop conflictuel. Des enfants séparés de leur père, de leur  mère, de leurs grands-parents viennent les rencontrer.

 Il est ouvert à la fois aux personnes venant de leur propre initiative et aux personnes venant sur ordonnance de justice, en particulier des Juges Aux Affaires Familiales et des Cours d’Appel  (pour 95%). En effet, les parents séparés de leurs enfants, suite à la rupture du couple, peuvent se retrouver sans pouvoir exercer leurs droits de visite dans de bonnes conditions. La rupture conjugale accompagne alors la rupture de la relation parentale.

 Le temps de visite appartient à l’enfant et au parent qui vient le rencontrer. Ce dernier est responsable de son enfant durant cette rencontre, le parent jouissant du droit de garde ne reste pas.

 Des professionnels assurent l’accueil, l’accompagnement et le suivi de ces reprises de contact. Ils sont là pour que l’enfant et la personne qui vient le voir puissent se rencontrer au mieux et si besoin, être soutenus dans cette démarche. Chacun sera écouté, pourra exprimer ses difficultés, ses préoccupations, ou être invité à le faire.

 Le Point Rencontre est un lieu provisoire, limité dans le temps (en général 6 mois) permettant que les relations parent-enfant(s) reprennent, changent, ou évoluent, et le cas échéant que l’enfant suite à ces rencontres puisse avoir connaissance des éléments de son histoire d’origine et éprouver leur réalité.

 Laurent a 13 ans lorsqu’il revoit sa mère au Point Rencontre. Ils ne se sont pas vus depuis 8 ans car le père de l’enfant s’est enfui avec lui, en ne laissant aucune nouvelle à la mère. Cette dernière relancera à de nombreuses reprises la police afin que les recherches se poursuivent. Le père et l’enfant sont alors retrouvés dans l’Aude. Lorsque nous accueillons cette situation au Point Rencontre, les parents  témoignent chacun de la dangerosité de l’autre parent : le père pour justifier sa fuite avec l’enfant ; la mère pour mettre en avant le caractère « hors la loi » de la fuite du père. L’enfant reprend le discours paternel, mais dans quelle mesure n’est il pas conditionné par ces années de fuite ?

 Lors des rencontres avec sa mère, l’enfant lui adresse des questions. Il porte un réel intérêt à la version maternelle tout en prenant le risque de remettre en cause la version qu’il partage avec son père. Mais les réponses amenées par la mère s’avèrent insatisfaisantes car tantôt insuffisantes, tantôt inconsistantes, tantôt entraînant un conflit ouvert avec son fils. De plus, la mère n’honorera les droits de visite que 3 fois au lieu des 12, prévus par le juge.

 Dans cette situation, les positions parentales respectives sont restées inébranlables ; chacun a gardé son regard sur l’autre sans que nos interventions aient pu décaler quelque peu leur discours afin d’apaiser leurs griefs respectifs à l’endroit de l’autre. La mère a quand même pu manifester lors de la première visite sa satisfaction de revoir son fils ; Mais nous n’avons pas pu savoir dans l’après coup son avis sur l’intérêt de ces rencontres, pas plus que celui du père.

 A notre connaissance, le seul véritable bénéficiaire reste l’enfant qui a pu actualiser dans la réalité grâce à ces rencontres sa propre opinion de sa mère, et ce, même si cette réalité ait pu être décevante à l’image des souvenirs qu’il en avait gardé. Cette tranche de vie partagée avec sa mère au Point Rencontre participe à la construction de représentations propres, inscrites dans le temps de son histoire familiale. Il n’est désormais plus captif des représentations paternelles à l’endroit de sa mère, ni de ses souvenirs infantiles.

 Par ailleurs, le dispositif du Point Rencontre rentre dans un cadre légal qui a également permis à l’enfant de prendre conscience que les relations humaines peuvent être régulées par un autre principe que la réponse « hors-la-loi » du père face à la « dangerosité » désignée de la mère. Du point de vue du père, pouvons-nous être aussi optimistes ? Au cours des droits de visite, il se sera montré de moins en moins méfiant à notre égard…

Aussi, même si nos interventions ont pu être dans leurs ensembles infructueuses auprès des parents, même si la mère a pu revoir son fils, et même si nous avons pu être en position d’accompagner l’enfant dans cette rencontre, il semble qu’un des atouts essentiels de cette expérience a résidé dans l’existence même du dispositif proposé, en tant qu’il se constitue comme un espace tiers.

 

Equipe du Point Rencontre Parents-Enfants d’Empalot

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