« Un savoir nouveau sur la sexualité? » de Cécile Favreau

Les Ateliers du Lundi 22 avril 2012

Ouverture

Un savoir nouveau sur la sexualité? par Cécile Favreau

Si notre modernité témoigne du brouillage des identités sexuées et de la chute de tabous en matière d’orientation sexuelle, existe-t-il pour autant un savoir nouveau sur la sexualité ?  Quelle est la voie(x) de la psychanalyse dans l’époque de la permission de jouir ?

Je souhaiterais faire quelques remarques en guise d’ouverture de ces ateliers :

1/ Il n’y a rien de moins programmé que la sexualité des humains.

2/ La sexualité humaine n’est pas gouvernée par l’instinct

3/ S’humaniser implique un renoncement, limité, localisé, à la jouissance sexuelle.

4/ cette soustraction de jouissance est nécessaire pour la mise en place du désir humain.

5/ « Le seul organe qui vaille, c’est la libido, à savoir tout sauf un organe de la reproduction ».

6/ « L’anatomie ne fait pas le destin »

7/ L’hypermodernité : notre société comme affranchie de la limite à la jouissance ?

1/ Il n’y a rien de moins programmé que la sexualité des humains.

Le champ de la recherche scientifique relative à la sexualité humaine est foisonnant, interdisciplinaire, et témoigne par ce foisonnement qu’il est difficile de résorber la sexualité humaine dans un schéma logique explicatif.

Nombre d’études neurobiologique, psychologique, sociologique, sexologiques visent à rendre compte de la sexualité, du désir sexuel et de ses avatars.

Les thèmes sont multiples. Par exemple, les études du  cerveau et ses zones impliquées dans le contrôle du désir sexuel chez l’homme. Une équipe a montré que l’excitation sexuelle masculine était gouvernée par des zones cérébrales relativement profondes et centrales au nom barbares : claustrum, putamen et cortex cingulaire antérieur…

Dans le champ de la sociologie, on s’intéresse entre autres à la signification sociale des actes sexuels, aux rapports de genre, aux transformations historiques de la jeunesse et du cadre de la sexualité, etc.

Dans le champ de la psychologie, sont étudiés les troubles de la sexualité, par exemple la baisse du désir sexuel… Remarquons au passage que la baisse du désir sexuel est considérée comme un « trouble », c’est-à-dire le signe qu’il y a un problème…ce qui est au fond relatif à un impératif normatif contemporain qui considère qu’un individu sain doit avoir une sexualité épanouie laquelle se mesure en terme de trop ou pas assez, ce que nous montrera Victor.

Mais cela reste compliqué d’expliquer pourquoi, par exemple, tel homme qui aime profondément sa femme, a un « trouble sexuel » en sa présence, il est impuissant, ne la désire pas, tandis qu’il n’a aucun problème à désirer, voire à avoir des relations sexuelles satisfaisantes avec d’autres femmes, des prostituées par exemple.

C’est compliqué aussi d’expliquer l’orientation sexuelle des humains, au fond pourquoi une femme désire un homme, et pourquoi cet homme là précisément, ou pourquoi une femme désire une autre femme, celle-ci et pas une autre, ou seulement celles qui ont telle particularité, et on peut se poser exactement les mêmes questions du côté des hommes,

La question du désir et du choix d’objet paraît très mystérieuse, et à ma connaissance on n’a pas encore  trouvé la réponse à cette question dans les zones du cerveau, ni dans l’observation sociologique ou psycho-cognitiviste. Mais on peut aussi être étonné, après tout, par la diversité des pratiques sexuelles qui existent –tout se passe comme si la satisfaction sexuelle de chaque sujet était dépendante d’une condition singulière. C’est chacun son truc !

Et on parlera d’anormalité, ou de déviance, ou de perversité dès qu’il y a un écart avec le schéma normatif culturellement admis dans telle ou telle société, et à telle ou telle époque…

D’ailleurs, Victor Rodriguez nous montrera qu’il se dit des choses très intéressantes aujourd’hui à propos des rapports des hommes et des femmes à la sexualité, à l’amour, au désir

Au fond, s’il y a une chose qui fait consensus, sur laquelle tout le monde est à peu près d’accord, c’est que la sexualité na va pas de soi chez les humains.

Il n’y a rien de moins programmé que la sexualité des humains. Elle poserait moins de problèmes si elle était régulée par l’instinct, comme chez les animaux. Seulement voilà :

2/ La sexualité humaine n’est pas gouvernée par l’instinct

Partons d’une définition de la  sexualité d’un  point de vue biologique : on dira qu’elle désigne les fonctions de différenciation sexuelle et de reproduction. C’est-à-dire que la sexualité est considérée du point de vue biologique comme une fonction parmi d’autres : la faim, la soif ou le sommeil.

Mais dans les faits, si l’on part d’une définition de la sexualité comme un instinct, c’est-à-dire un comportement pré-formé, caractéristique de l’espèce, avec un objet (partenaire du sexe opposé), et un but (union des organes génitaux)  qui sont relativement fixes, on voit bien que cette définition ne rend pas compte de la réalité des faits tels qu’on peut les observer ou les analyser.

Chez l’être humain, la reproduction n’obéit pas à un schème instinctif ; l’homme, contrairement à l’animal, à perdu ce que l’on appelle l’oestrus : les femelles ne présentent plus de chaleurs, ni les mâles de rut. Des anthropologues comme Vercors, par exemple, décrive ce passage de l’animalité à l’humanité comme un dérèglement biologique, qui affecte le sexuel, ce qu’illustre le titre de son livre : « Les animaux dénaturés ». Godelier parle de « commerce sexuel généralisé », « d’élargissement de la sexualité humaine », de sexualité dé-naturée ». Et en effet,  la sexualité peut s’exercer en théorie partout, n’importe quand, avec n’importe quel partenaire, n’importe comment…

Dans ce contexte, on peut se demander comment les individus parviennent malgré cette dérégulation de la sexualité à s’organiser en société.

En fait, et c’est une spécificité de l’être humain, l’homme est obligé d’intervenir sur sa sexualité, puisque ce n’est plus l’instinct qui l’organise.

Comment l’homme intervient sur sa sexualité ? Il édicte une loi négative :

« Tu ne coucheras pas avec tel ou tel ». En fait, cette loi est parfois plus complexe : « pas avant tel ou tel âge, pas avant telle cérémonie, pas en tel lieu, pas en telle circonstance » Cette loi est connue comme « prohibition de l’inceste ». Ainsi,

3/ S’humaniser implique un renoncement, limité, localisé, à la jouissance sexuelle.

  • Une remarque importante : Edicter des lois implique que l’on en passe par les lois de la parole et du langage – il faut parler pour dire la loi, cela implique qu’il n’y a pas de société humaine sans signifiant.
  •  Pas de société humaine sans que ce signifiant prenne l’allure d’un « non à la jouissance », c’est une première tentative de l’homme de guérir des conséquences de la perte de l’oestrus qui le conditionne. Ainsi,  toutes les sociétés se fondent sur l’interdit de l’inceste. Il y a nécessité d’un « non » à la jouissance toute, qui sert de fondement à la Loi. Ce fondement est articulé par chaque société selon des modalités propres qui définissent sa spécificité culturelle.
  • Donc, de structure, parce qu’il est un être de langage, « un parlêtre » comme le dit Jacques Lacan, le sujet est confronté à un manque irréductible, un vide, une soustraction de jouissance, qui fonde sa condition d’être humain.
  • Et 4/ cette soustraction de jouissance est nécessaire pour la mise en place du désir humain.

Lisez le Séminaire X de Lacan, l’angoisse. On ne désire que ce qui manque. Il faut qu’il y ait du manque, c’est quand ça ne manque pas, que surgit  l’angoisse. Je vous cite Lacan, p67 du Séminaire X : « Ne savez-vous pas que ce n’est pas la nostalgie du sein maternel qui engendre l’angoisse, mais son imminence ? Ce qui provoque l’angoisse, c’est tout ce qui nous annonce, nous permet d’entrevoir, qu’on va rentrer dans le giron. Ce n’est pas, contrairement à ce qu’on dit, le rythme ni l’alternance de la présence-absence de la mère. La preuve en est que ce jeu présence-absence, l’enfant se complaît à le renouveler. La possibilité de l’absence, c’est ça, la sécurité de la présence. Ce qu’il y a de plus angoissant pour l’enfant, c’est justement quand le rapport sur lequel il s’institue, du manque qui le fait désir, est perturbé, et il est le plus perturbé quand il n’y a pas de possibilité de manque, quand la mère est tout le temps sur son dos, et spécialement à lui torcher le cul, modèle de la demande, de la demande qui ne saurait défaillir ».

La psychanalyse a bouleversé la notion de sexualité, ce que retrace cet ouvrage de référence sur lequel nous nous proposons de nous appuyer cette année dans les Ateliers pour travailler sur le thème homme, femme, le malentendu des sexes dans notre hypermodernité.

Que nous apprend la psychanalyse ? Entre autres, une chose très importante : dans la sexualité humaine,

5/ Le seul organe qui vaille, c’est la libido, à savoir tout sauf un organe de la reproduction.

La libido, que l’on peut entendre comme l’énergie psychique du désir,  désigne la manifestation des pulsions, c’est-à-dire le mouvement d’attirance, d’attraction vers un objet. Freud dit du concept de pulsion que c’est un « concept limite entre le psychique et le somatique ». Plus exactement, le concept de pulsion est un représentant, « le représentant psychique des excitations, issues de l’intérieur du corps et parvenant au psychisme », concept qui nous permet de mesurer « l’exigence de travail qui est imposée au psychique en conséquence de sa liaison au corporel » écrit-il dans (Pulsions et destins des pulsions, p. 19).

Freud a montré que cette attirance, cette manifestation des pulsions s’exerce dès la petite enfance et n’est pas centrée sur les organes de la reproduction. La découverte de Freud d’une sexualité infantile a fait scandale à son époque, car l’enfance est attachée à l’idée d’innocence, de pureté.

Lorsqu’on parle de sexualité infantile, il ne s’agit pas seulement de reconnaître l’existence d’excitations ou de besoins génitaux précoces, mais d’activités qui s’apparentent aux activités dites perverses des adultes, en ce sens qu’elle mettent en jeu des zones corporelles (zones érogènes) qui ne sont pas seulement les zones génitales, et en en ce sens qu’elles recherchent un plaisir (succion du pouce, par exemple), indépendamment d’une fonction biologique (la nutrition, par exemple).

C’est en ce sens que les psychanalystes parlent de sexualité orale, anale etc.). Il faut lire ou relire le cas du petit Hans, où on voit à l’œuvre la pulsion scopique (Hans est tour à tour voyeuriste exhibitionniste) , les pulsions anales et génitales etc.

La sexualité adulte serait déterminée par les liens inconscients qu’elle garde avec cette sexualité infantile, refoulée qui est déterminante pour le sujet humain. Parce que la sexualité se constitue, elle n’est pas déjà là, elle n’est pas innée, elle n’est pas instinctuelle mais pulsionnelle. Ce sont  les pulsions, et non pas l’instinct, qui gouverne la sexualité humaine.

Il y a deux sortes de pulsions : Les pulsions du moi qui servent à la survie du corps, à l’autoconservation de l’individu ;  et les pulsions sexuelles qui n’obéissent pas qu’aux finalités de la reproduction, mais  excèdent cela, comme nous l’avons vu : On les dit partielles car leur excitation est attachée à des régions localisées du corps (par exemple le plaisir de manger met en jeu bien autre chose que le souci de survie),

Ainsi le corps est d’emblée partagé, traversé par des mouvements qui visent les fonctions vitales et la survie de l’individu, et d’autre part des plaisirs partiels guidés uniquement par la recherche de la satisfaction, en quelque sorte à n’importe quel prix : la pulsion veut jouir, se satisfaire et et ce ne sont pas les convenances, l’éducation ou la morale qui vont diminuer leurs forces, leur « poussée », qui est constante, disait Freud.

Freud appelle sexualité le champ ou vaut le mot « amour ».

«Cette extension du concept de sexualité est d’une double nature. En premier lieu, la sexualité est détachée de sa relation bien trop étroite avec les organes génitaux et posée comme une fonction corporelle embrassant l’ensemble de l’être et aspirant au plaisir, fonction qui n’entre que secondairement au service de la reproduction ; en second lieu, sont comptés parmi les émois sexuels tous les émois simplement tendres et amicaux, pour lesquels notre langage courant emploie le mot « aimer » dans ses multiples acceptions. (S. Freud, Ma vie et la psychanalyse, Idées, Gallimard, pp. 47-49.)

6/ L’anatomie ne fait pas le destin

L’expérience analytique nous apprend aussi que  L’anatomie ne fait pas le destin. C’est-à-dire que le fait d’avoir un corps sexué ne nous dit pas ce qu’il faut faire en tant que femme ou en tant qu’homme.

L’instinct n’a rien à voir là dedans non plus.

Serge Cottet rappelle dans la préface du Malentendu des sexes que la psychanalyse avance l’idée qu’il n’y a pas, à proprement parler, d’organe sexuel.

Qu’est-ce à dire ? Il y a, écrit Luchelli en introduction, dans le meilleur des cas des organes de reproduction, mais à partir du moment où celle-ci se distingue de la sexualité comme horizon de tous les plaisirs possible, il n’y a rien de moins définitifs que l’anatomie des organes sexuels.

En effet, ce sont les mêmes organes qui sont à la disposition des pulsions du moi et des pulsions sexuelles. Par exemple, la pulsion scopique, la pulsion sexuelle qui se sert du regard, dispose de l’œil comme d’un organe sexuel

L’expérience analytique, mais aussi la plus commune que peut éprouver tout un chacun,  montre qu’aucun sujet ne s’adapte harmonieusement à son type sexuel, comme l’écrit Luchelli page 23. En fait, dans la psychanalyse, on parlera plutôt de sexuation des sujets.

Ce n’est pas parce qu’on a un corps de femme ou un corps d’homme que cette anatomie va correspondre avec notre sexuation, qui est une position logique du sujet sexué, selon qu’il  se range côté homme, ou côté femme, et ce quelque soit son anatomie. Lacan propose à notre usage un tableau de la sexuation, qui fera peut-être un jour l’occasion d’un commentaire dans ces ateliers ?

Et ça ne date pas d’hier, ce hiatus entre l’anatomie et la sexuation des sujets, les pratiques hétéro, homo ou bi ont toujours existé dans les sociétés occidentales depuis l’Antiquité, ou dans les autres cultures étudiées par les ethnologues.

7/ L’hypermodernité : une société affranchie de la limite à la jouissance ?

La question du sexuel, refoulée du temps de Freud est plutôt mise sous les projecteurs aujourd’hui. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte d’évolution, de changements profonds qui affectent la société.

C’est un point important que nous rappelle d’ailleurs Clotilde Leguil dans le Lacan Quotidien n° 200 dans sa réponse au Nouvel observateur qui se demande s’il ne faudrait pas brûler la psychanalyse – Lacan Quotidien est un journal de psychanalyse en ligne édité par Navarin éditeur – Clotilde Leguil rappelle que les psychanalystes sont tout-à-fait avertis des changements de notre société, et des conséquences qui en résultent : comme l’illustre le titre du dernier livre du psychanalyste Serge Cottet, « l’inconscient de papa et le nôtre », notre inconscient change au fur et à mesure que la société change ;

Clotilde Leguil écrit : « notre inconscient, et du même coup notre malaise et nos impasses existentielles, ne sont plus les mêmes que celles de nos papas et nos mamans, encore moins bien entendu de nos papys et mamies. La psychanalyse du XXIe siècle n’opère pas dans la même atmosphère que celle du temps de Freud, ni non plus que celle du temps de Lacan. »

Parmi les choses qui ont changé, il y a par exemple la place du père dans la famille, et son autorité  qui ont changé. Lacan parlait du déclin de l’imago paternel. Qu’est-ce à dire ? Qu’elles en sont les conséquences ?

Pendant des siècles, le non à la « jouissance toute » que j’évoquais tout-à-l’heure,  la nécessité de la soustraction de jouissance qui fonde la société, a été transmise par la société via la famille.

Dans la société occidentale, la famille a toujours été le creuset de la vie sociale, c’est au sein de la famille que le sujet était préparé à accéder à cette société dont il fait partie.

Dans cette famille, qui a toujours été articulée au social, le rôle du père était de représenter l’autorité – comme celle du sommet de la pyramide sociale – et d’incarner la figure d’exception  dont il transmettait la légitimité dans la continuité temporelle.

Ce père reprenait à son compte la transmission du « moins de jouir », dont le paradigme est le renoncement à posséder la mère.

Et c’est au travers de la relation aux parents que le sujet rencontrait une limite à la jouissance, c’est au parent que revenait la tâche, difficile, de transmettre la nécessaire soustraction de jouissance.

On ne se posait pas de questions, c’était organisé comme ça. Mais dès les 18°-19° siècles, et le phénomène s’amplifie, la famille s’organise comme si elle était dégagée de ce travail d’articulation au social, comme en se refermant sur elle-même, en ne se structurant qu’autour de ses membres.

Le sociologue Louis Russel l’a bien identifié en parlant de famille désinstitutionnalisée » : « C’est une famille qui n’est plus réglée comme une institution, mais par un pacte privé. Une famille qui résout ses tensions par négociations internes. Une famille dont la finalité est un bonheur à la fois exigeant et indéfini. Une famille où, entre conjoints, la réciprocité des gratifications sexuelles est une attente essentielle. Une famille égalitaire où la hiérarchie a disparu dans le couple et où elle s’estompe entre les générations. Une famille où la solidarité est à la fois intense et fragile. Pour le dire en un mot, une famille qui entend faire l’économie de tout tiers significatif »

On assiste aujourd’hui au déclin de l’autorité, mais aussi de la légitimité de celui qui avait précisément la charge de soutenir une position de tiers, à savoir le père. Aujourd’hui, nous assistons au déclin de ce que l’on appelle dans la psychanalyse la fonction paternelle. On parle de fonction, car elle ne concerne pas seulement le papa, mais tout sujet qui aurait à occuper cette fonction d’autorité, comme le professeur pour ses élèves, ou le dirigeant pour ses subordonnés. On voit bien aujourd’hui qu’il ne suffit plus d’incarner la fonction pour que les sujets reconnaissent spontanément la légitimité de celle-ci !

Mais Il ne s’agit pas de s’en réjouir ou de le déplorer.

Les psychanalystes ont à envisager les effets d’une telle évolution.

Lacan disait que c’est une évolution qui est génératrice de « crise psychologique », en 1932 dans un article « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » :

« Nous ne sommes pas de ceux qui s’affligent d’un prétendu relâchement du lien familial (…) mais un grand nombre d’effets psychologiques nous semblent relever d’un déclin de l’Imago paternelle (…) Quel qu’en soit l’avenir, ce déclin constitue une crise psychologique «  Et il ajoutait : « peut-être est-ce à cette crise qu’il faut rapporter l’apparition de la psychanalyse elle-même »

Aujourd’hui, La société fonctionne comme si nous nous étions enfin affranchis de cette limite à la jouissance, comme si celle-ci n’a jamais été qu’un frein au bonheur, à la toute puissance à laquelle nous serions tous aujourd’hui en droit de prétendre. Plus de castration, plus de renoncement à la jouissance, plus d’interdit, au contraire, un impératif « il faut jouir ! »

Du fait du brouillage des références symboliques, C’est toute la structure de la société qui s’en trouve modifiée. On assiste au gommage de la différence des places, de celle des sexes et de celle des générations…

Il y aura beaucoup à dire sur notre hypermodernité, sur les bouleversements de l’ordre symbolique au XXI° siècle, et je vous invite dès à présent à revenir le lundi 14 mai prochain pour entendre à ce sujet nos collègues Eduardo Scarone et André Souex.

Francis Ratier nous propose de nous appuyer sur l’ouvrage d’un psychanalyste, Juan Pablo Luchelli, pour travailler cette année dans les ateliers. Luchelli reconsidère la notion de sexualité à partir du concept de fétichisme, en s’appuyant sur les enseignements de Freud et de Lacan. Ce livre peut donc se lire comme une introduction à la théorie psychanalytique, aux œuvres de Freud et de Lacan, et peut aider à s’approprier ou se réapproprier les fondamentaux de la psychanalyse, notamment dans la première partie intitulée « Le sexuel, de Freud à Lacan », avec ses deux chapitres « Freud et la sexualité »  et « Lacan et la signification du phallus ». Les références sont nombreuses, précises et précieuses.

Le lecteur praticien y trouvera des clés d’élucidation de points obscurs souvent rencontrés dans la pratique d’aujourd’hui.  Cet ouvrage  propose ainsi une réflexion plus large sur notre modernité.

En effet, les coordonnées du lien social changent, et avec elles la clinique. Un examen renouvelé des catégories cliniques est nécessaire. Luchelli présente de nombreux cas dans son ouvrage, pour la plupart connus (Hans, Sandy, Gide, Jensen et sa Gravida, le cas de l’homme à l’imperméable de Sylvia Payne etc. et un cas de sa pratique) qu’il revisite, décortique, relit à la lumière de ses propres avancées théoriques.

Luchelli montre que la perversion, je cite Serge Cottet,  est présentée comme une structure clinique différente et singulière, avec le constat que seul le malentendu peut faire exister un rapport entre les sexes.

La destitution de l’Autre symbolique dans le monde contemporain apparait corrélative de l’existence d’un nouveau fétichisme, dont l’objet a serait dépouillé de ses seules déterminations signifiantes du fétiche.

Luchelli écrit  p183 que « l’inconscient, structuré comme un langage, est en tension avec un objet qui n’est pas dans le langage ». L’auteur fait le constat que c’est en tant que le réel de l’objet a est extrait que l’on peut croire à l’union des corps.

Notre contribution dans ces ateliers est comme le rappelle Eric Laurent[1] dans la revue en ligne Papers 8, de montrer ce qu’il y a d’irréductible dans l’expérience analytique, et en particulier dans le rapport avec ce que la psychanalyse appelle le parlêtre et sa relation avec la jouissance.

C’est une tâche essentielle, éthique donc politique, pour qui aime la psychanalyse, et ce quelque soit sa profession, et le point où il en est de ses études et de ses lectures de la psychanalyse.

Dans ce contexte, l’ouvrage de référence choisi pour ces ateliers  sera pour qui voudra s’en servir un outil précieux pour une réflexion féconde.

Nous vous proposons pour 2012  6 rencontres au Ateliers du lundi, au cours desquels les intervenants aborderont les thèmes suivants :

14  mai : Les bouleversements de l’ordre symbolique au XXI° siècle, 11 juin, de l’amour, 24 septembre :  des femmes et des hommes, 22 octobre : Présence de la sexualité, 19 novembre :  le malentendu des corps le malentendu des mots,  le le 10 décembre :  une femme, un homme, un enfant.

Juan Pablo Lucchelli est psychanalyste, membre de l’Ecole de la Cause Freudienne (ECF). Il a suivi ses études doctorales à Buenos-Aires, Paris et Florence. Ce livre est le résultat d’une thèse de doctorat présentée à l’université de Paris VIII, sous la direction de Serge Cottet.


[1] Laurent, E. (2012) Un savoir sur mesure. Papers 8. http://www.congresoamp.com/fr/template.php?file=Comite-de-accion-Papers.html