Passerelle 1 – Francis Ratier

Ceux-ci ne sont pas des articles un peu comme «Ceci n’est pas une pipe».             

                Les intervenants qui le souhaitent déposent sur le blog le texte, intégral ou partiel, les notes, brutes ou mises en forme, le résumé, une trace de leur intervention au titre de document de travail afin de poursuivre une élaboration à plusieurs voix. La passerelle jetée méthodiquement entre deux séances y figure de manière systématique.

 Francis Ratier

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Le temps qui s’écoule entre deux séances et la modalité de travail par «sauts et gambades» nous confronte à l’intermittence et suscite la tentative de tenir un fil.

Dans cette perspective nous allons construire une passerelle, deux passerelles.

Une moderne, dont Cécile Favreau dévoilera l’architecture et une seconde, plus précaire, sous la forme d’une introduction au thème de ce soir appuyée sur celui de la fois dernière.

Le sens nouveau que produit la métaphore paternelle articule sous l’égide du père, réduit à sa fonction, à son nom, le phallus et l’Autre.

Tout comme l’être pour Aristote l’Autre s’entend en plusieurs sens.

Même à en réduire la portée à l’Autre de l’aliénation, au «trésor des signifiants» qui préexiste à la vie humaine et l’accueille, il pourrait se décomposer. D’une part en une batterie signifiante, que dans sa conférence de juillet 1953 «SIR» qui précède l’écriture du texte que Lacan considère inaugural de son enseignement : «Fonction et champ de la parole et du langage», il définit pour trancher la question de l’origine du langage comme «un émergent». La batterie signifiante, le langage est un émergent. Et d’autre part un ensemble de règles avec au premier chef ce que Lévi-Strauss appelle Les structures élémentaires de la parenté.

Ces règles ne sont ni des émergents ni des invariants. Elles diffèrent dans le temps et dans l’espace.

En glosant un peu la formule de la métaphore paternelle nous pourrions dire qu’elle articule la culture, telle qu’elle est intériorisée, vécue, par le sujet et le désir, l’objet du désir, le mot et la chose.

  La chose se trouve représentée par le mot qui ne la présente pas. Entre présentation et représentation une faille s’insinue. La barre qui les sépare la rend sensible. Dès lors le mot peut s’éloigner de la chose et introduire une possible, une probable, une certaine création.

L’écart entre le mot et la chose dont elle n’est pas complètement, pas beaucoup, pas du tout la référence est surmonté par une croyance, un pari, un acte, la croyance dans la garantie que le père constitue de cette correspondance terme à terme qui dans le monde humain n‘existe  pas. Parler des sirènes ne nous dérangerait pas, le mot nous est familier, quant à la chose…c’est autre chose.

La fonction du père, le père en sa fonction, telle que la métaphore paternelle en déploie l’efficace, jette un pont sur le vide, adjointe les deux rives et, à sa façon, rend raison de ce qui manque de raison. L’ au nom de, l’au nom du père, le Nom-du-Père devient la raison de ce qui n’en a pas, le nom qui recouvre le trou entrouvert et propulse le sujet dans un monde orienté, un monde où la désorganisation provoquée par l’écart entre le mot et la chose ne désoriente pas le sujet, un monde pourvu d’un sens.

Ce sens nouveau dont la métaphore paternelle assure la venue au jour, porte un monde nouveau, une nouvelle façon pour le sujet d’être au monde, une nouvelle façon de construire son monde.

Le Père de l’Oedipe unit le désir à la loi, à l’Autre et humanise tant la loi que le désir.

Il rend compatible deux faces de la culture : la face qui présente, propose au sujet un  idéal pacifiant, une manière d’être approuvée, valorisée et une face sombre, interdictrice dont les injonctions alimentent la jouissance, celle du renoncement par exemple.

Le père humanise le désir par la croyance, par la confiance.

L’Autre du XXI ème siècle est différent. Fortement remanié, transformé, il est dominé par le discours de la Science.

Alors que les anciennes modalités de l’Autre étaient organisées, polarisées, garanties par un croyance, la croyance que le père, à tous les niveaux auxquels nous pouvons en retrouver la figure et la fonction – de Dieu le père au père empereur en sa famille selon l’expression de Napoléon – l’Autre du temps du scientisme impérialiste ne se contente pas de la croyance, il veut le sûr et le certain. Il s’affirme comme certitude.

Il ne s’agit plus d’humaniser le désir par la promotion de l’Idéal du moi pacifiant mais d’éduquer, de rééduquer de réorienter, de réhabiliter la pulsion, de la dresser à partir de la certitude.

Ces modifications qui affectent l’ordre symbolique  font l’objet de notre travail de ce soir.

Les sujets vulnérables, les sujets autistes en particulier et pour l’instant d’abord eux, mais le tour de chacun, dans tous les aspects de sa vie, viendra si nous n’y prenons garde, pâtissent durement  de cette mise en culture de la pulsion de mort.

L’Association Cause Freudienne propose le samedi 2 juin la tenue d’un forum autour de ces questions. André Soueix va nous le présenter.

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