L’ordre symbolique au XXI° siècle : conséquences pour la sexuation – Eduardo Scarone.

Pour aborder la question des positions sexués aujourd’hui, il est indispensable de considérer ce qu’il en est des modifications de l’ordre symbolique dans le monde. Balançant entre une caricature qui exagère les identités imaginaires et leur brouillage généralisé, les idéaux d’homme et de femme ont perdu de leur consistance. L’Association Mondial de Psychanalyse examinait cette question à son dernier congrès à Buenos Aires du 23 au 26 avril 2012 : « L’ordre symbolique au XXIe siècle. Il n’est plus ce qu’il était. Quelles conséquences pour la cure ».

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Dans sa présentation du thème du congrès, Éric Laurent indique les signes qui, depuis le XXe siècle, ont donné l’idée de la transformation que subit l’ordre symbolique: fragilité des fictions qui constituent notre monde (ex. : €), difficultés à ramener la confiance, contradictions du signifiant-maître, difficultés de lecture de la situation, incertitude angoissante, impasses du déficit symbolique. (Le texte de la conférence d’Éric Laurent se trouve dans Papers n°1 http://www.congresoamp.com/fr/template.php?file=Comite-de-accion-Papers.html )

Jaques-Alain Miller pour sa part indique, dans sa conférence, à la fin de ce même congrès, comment le XXe siècle est laissé en arrière. La clinique même le démontre, les êtres parlants qui s’adressent aujourd’hui au psychanalyste montrent en une mesure plus ou moins explicite comment ils répondent ou se laissent entraîner dans ce changement. (Le texte de la conférence de Jacques-Alain Miller est publié dans le n°216 de Lacan Quotidien http://www.lacanquotidien.fr/blog/ http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2012/05/LQ-2163.pdf )

Le discours de la science et le discours capitaliste sont les discours prévalents de notre modernité, indique Jacques-Alain Miller. Ils ont commencé à détruire la structure traditionnelle de l’expérience humaine. Cette combinaison a augmenté au point de réussir à rompre les fondements les plus profonds de ladite tradition. Ceci a produit un énorme changement de l’ordre symbolique, et notamment sur sa pierre angulaire, le Nom-du-Père. Tel que Lacan l’a formalisé, le Nom-du-Père a été touché, dévalué, par la combinaison des deux discours de la science et du capitaliste. Le Nom-du-Père est une fonction clé du premier enseignement de Lacan, reconnu dans tout le champ analytique. Lacan lui-même l’a rabaissé, dépréciée, pour finir par la considérer seulement comme un symptôme, une suppléance à un trou. Ce trou comblé par le symptôme est l’inexistence du rapport sexuel dans l’espèce humaine, définie comme l’espèce des êtres vivants qui parlent.

Ceci ouvre une perspective inédite énoncée par Lacan : tout le monde délire, tout le monde est fou. Ce n’est pas une blague, affirme Miller, cette perspective traduit l’extension de la catégorie de la folie à tous les parlants. Tous souffrent de la même carence de savoir que faire de la sexualité. Ceci pointe ce que partagent les catégories cliniques : névrose, psychose et perversion et notamment la différence névrose-psychose qui sera la base du diagnostic psychanalytique.

Sans doute le propos central concerne cette distinction entre une forme traditionnelle de la jouissance permise, qui s’était construite autour de la fonction métaphorique du père, et qui se présentait comme indiquant la loi pour tous (les écarts à cette loi étant considérés toujours comme en marge, dépendants d’elle et la renforçant), et puis un mouvement, entamé déjà pendant le XXe siècle, et produisant ses effets les plus radicaux au XXIe, qui produit une pluralisation des formes admises de la jouissance, donnant lieu à l’apparition de groupes d’êtres parlants liés seulement par un mode particulier de jouissance qui, grâce à un signifiant qui la désigne, établit une identification en dehors de toute fonction paternelle, soit s’orientant de la tradition.

Un changement de paradigme s’est produit, dont rend compte le Scilicet paru à l’occasion du VIIIe Congrès de l’AMP. Une série de concepts de la psychanalyse contemporaine sont examinés dans cet ouvrage par différents auteurs et classés par ordre alphabétique. J’ai choisi ce soir de vous en présenter quelques uns, en vous proposant un trajet qui va des femmes aux hommes.

Jacques-Alain Miller fait remonter ce qu’il appelle « tradition » à la Rome antique, précédée par le monde grec, sur lequel la position romaine s’appuie. L’ordre sexuel s’édifiait alors sur des normes très différentes des nôtres. Chaque époque a ordonnée symboliquement le sexe selon des modalités différentes, édifiant ses propres mythes, normes et ségrégations.

Avec le signifiant FEMMES, Philippe De Georges aborde la question du changement dans l’ordre symbolique en repérant deux révolutions qui ont des conséquences tout à fait précises pour notre temps. La première concerne la contraception grâce à laquelle se produit une ouverture dans la position féminine, qui ne se trouve plus réduite et saturée par la position maternelle. La seconde concerne la procréation médicalement assistée, qui abolit la nécessité de la rencontre sexuelle pour que naisse l’enfant. La disjonction entre sexualité et conception ébranle la subjectivation de l’être pour le sexe, caractérisant le temps d’avant. La conséquence est que nous ne trouvons plus aujourd’hui d’assomption de l’idéal de son sexe et qu’une précarité plurielle dans les positions sexuées remplace la logique binaire de l’être et de l’avoir.

Au XIXe siècle, l’abord médical de la sexualité à travers la psychiatrie, établit le catalogue des perversions. Claudio Godoy prend l’exemple de la BISEXUALITÉ, notion qui surgit dans ce contexte, et que W. Fliess va développer, en éveillant l’intérêt de Freud qui cependant, la subvertit.

En effet, pour Freud, il existe une bisexualité fantasmatique du sujet hystérique (identifié à l’homme pour poser sa question sur la féminité). (Cf. son recueil Névrose, psychose et perversion)

Un autre versant de la bisexualité consiste à considérer son incidence réelle : ce n’est pas seulement de par la pression de la culture qu’il y a une faille dans la sexualité, c’est de par sa nature même, que la fonction sexuelle refuserait à nous accorder pleine satisfaction, en nous contraignant à suivre d’autres voies, dont la disposition non équivoque à la bisexualité. (Cf. le texte freudien Malaise dans la civilisation dans lequel l’usage du concept va au-delà du fantasme)

Lacan dans les années 70, va promouvoir sa lecture de la question à partir de la formule « Il n’y a pas de rapport sexuel », qui devient un concept lacanien remplaçant celui de bisexualité freudien.

Au fond, ce que Freud a appelé sexualité est un « trou dans le réel ». (Cf. sa Préface à L’Éveil du printemps).

Le XXe siècle oublie ce trou dans le réel sous la consigne de « libération sexuelle » (banalisation du sexe). Il s’agit surtout d’une libération des signifiants-maîtres qui définissent la tradition. Lacan la considère comme une « sexomanie galopante » qui ne promet aucun bénéfice.

L’idée de libération se réfère fondamentalement à une faille dans la jouissance créée par la répression sociale. Mais, pour la psychanalyse la faille de la jouissance est inhérente à ce que Lacan appelle troumatisme que le langage inflige à l’être vivant, et les inventions sociales qui prétendent la régler ne sont qu’un non-traitement du même.

Au XXIe siècle, la question n’est plus celle d’une société permissive, mais de ce que notre époque impose comme construction d’identités dans le cadre des sociétés démocratiques. Pluralité de S1 dans le marché.

Les différentes catégories de jouissance (pluralisation) sont rangés comme catégories d’identité, comme tentative de formuler alors une nouvelle solution à l’impasse sexuelle. Des S1 de la tradition on passe aux S1 identificatoires, qui peuvent prétendre dans le monde moderne à constituer des associations spécialisées, des manifestations publiques et des revendication de droits, une présence sur internet (sites, réseaux sociaux).

Face à l’angoisse et à l’égarement du sujet contemporain, la solution commune se présente par le biais de l’« être ». La psychanalyse, en revanche, théorise ce déplacement, mais ne procède pas par l’identité. Le psychanalyste prend l’identité par son envers. Sa réponse au malentendu des sexes montre que la sexuation formalise le non-rapport entre deux jouissances incommensurables, la phallique et la jouissance féminine. Elle nous offre alors une logique qui ne se confond pas avec les identifications, les pratiques et les partenaires choisis.

La psychanalyse s’éloigne des conceptions constructivistes de la sexualité (qui ne dépendent pas simplement d’un ordre symbolique). Toute construction n’est qu’une façon de traiter, de manière ratée, le réel du sexe.

L’éclairage que donne Roberto Mazzuca sur la PERVERSION peut nous être utile. Il sépare la conception psychiatrique de la conception psychanalytique. Dans la Conception psychiatrique, introduite par Krafft-Ebing dans les dernière décennies du XIXe siècle installe une perspective scientifique dans l’étude des déviations sexuelles en référence à une règle qui en permette l’évaluation, règle scientifique, mais dépendante de facteurs culturels contingents. Le paradigme était, à l’époque, l’homosexualité, reconnue aujourd’hui comme une forme d’orientation sexuelle.

L’ordre symbolique du XXIe siècle conduit, selon Mazzuca, à une liquéfaction du concept de perversion de la psychiatrie classique. Seule la pédophilie échappe à la tendance, et constitue un nouveau paradigme de la perversion.

A l’opposé, la Conception psychanalytique nécessite de considérer l’abord de Freud, qui associe la perversion d’emblée à la sexualité infantile (enfant pervers polymorphe), et celui de Lacan, qui, lui, déplace la perspective évolutive de Freud en soulignant la perspective structurale. La sexualité est structuralement perverse. Il s’agit alors de savoir, à partir de là, comment s’établissent les rapports à l’Autre sexe et accueillir l’enfant, fruit de ce rapport. Il précise la structure fétichiste de la sexualité chez l’homme, dans un premier temps, pour déplacer ensuite sa conception vers l’inexistence du rapport sexuel, aussi bien pour l’homme que pour la femme, d’où la nécessité d’inventer une modalité de réponse à cet impossible.

Chez Lacan nous trouvons donc une conception normalisatrice de la perversion, puisqu’il désigne comme position perverse l’identification du sujet au phallus (premier temps de l’Œdipe). Dans un bougé par rapport à la position freudienne, cela exprime non pas le désordre inhérent à la sexualité humaine, mais une réponse à ce dérèglement. Lacan proposera ensuite la « père-version » pour indiquer en quoi cette position est une « solution typique » introduite par la fonction paternelle. Mais, au niveau clinique, la perversion est considérée par Lacan comme une catégorie à part entière,

opposée à la névrose comme à la psychose. Lacan situe finalement tout ce que Freud avait développé concernant la perversion, dans le champ des névroses. Il réserve la catégorie de perversion pour la position qui consiste à se faire l’instrument de la jouissance de l’Autre. (Cf, le Séminaire Livre XIX, … ou pire). Nous trouvons chez Lacan enfin, une conception anaclitique. Il reprend la distinction freudienne entre relation anaclitique (à l’objet) et relation narcissique, mais prend ses distances quant à définir la relation anaclitique par le rapport de l’enfant à la mère. Pour Lacan, la position narcissique caractérise le névrosé chez qui on trouve une prégnance de l’image spéculaire et des identifications idéales dans son rapport à l’autre. Il assimile alors la position anaclitique comme caractéristique du pervers, dans son rapport à un Autre dont la structure est trouée par l’objet a, et définissant alors la structure perverse par la volonté de rendre cet objet à l’Autre pour combler son manque. L’exhibitionnisme et le masochisme sont ainsi des perversions réussies (elles font surgir l’objet regard et l’objet voix chez l’Autre), le voyeurisme et le sadisme, par contre échouent (ils ne réussissent pas à restituer l’objet à l’Autre, le sujet doit y suppléer en y apportant son propre regard et sa propre voix).

Pierre-Gilles Guéguen pour sa part s’attaque au concept de FÉTICHISME.

« Blasphématoire, transgressive, corrélée à un ordre social et religieux oppressant qu’elle subvertit, qui la condamne mais qu’elle soutient, telle apparaît la perversion fétichiste dans l’œuvre du cinéaste surréaliste [Luis Buñuel] : sombre, dramatique et condamnable. » (Scilicet L’ordre symbolique au XXIe siècle, p. 149)

Le fétichisme, au XXe siècle, se présente comme corrélatif d’une distribution très claire de l’objet dans le fantasme. Le sujet s’imagine maître de l’objet en accord avec l’Autre et divise son partenaire en l’angoissant. Lacan parle de faux objet (agalma, paré des traits du narcissisme).

Dans la névrose, en revanche, le sujet est divisé et l’objet est dans l’Autre au titre d’un reste non dialectisable, mais contenu. Lacan distingue ici le vrai objet, étrange, inassimilable dans l’Autre, comme un reste réel secrété par le symbolique. (Cf. Séminaire Livre X, L’angoisse)

L’ordre symbolique est ici puissant, mais, il faut reconnaître que cet ordre symbolique n’est déjà plus celui du temps de Freud. En effet, pour Freud, la perversion est le régime général originel sous lequel la pulsion fonctionne dès la naissance. Il insiste sur le caractère vicariant (subalterne, temporaire) de l’objet dans la pulsion. Dans son texte majeur Le fétichisme (1927), Freud présente le fétiche comme un opérateur qui préside à la condition de choix d’objet chez l’homme. C’est par la langue que se produit un glissement métonymique qui maintient la croyance au pénis chez la femme et notamment chez la mère. L’objet concret n’est pas nécessaire pour assurer l’abord du sujet féminin, les mots suffisent pour marquer le fonctionnement pulsionnel du corps, pour instituer la marque du fantasme.

Pour Lacan, suivant sur ce point Freud, la rencontre avec le manque du pénis de la mère (qui révèle la nature du phallus) divise le sujet et comporte deux destins possibles : la phobie comme rempart (défense) et la fétiche érigé sur le recouvrement de ce manque (l’existence du pénis est ainsi maintenue, mais déplacée, déniée ET reconnue). Par contre, dans son texte La science et la vérité, Lacan se sépare de Freud en évoquant le sujet de l’inconscient, sans précision de sexe, là où Freud indiquait une condition masculine du choix d’objet. A partir de là, Lacan va plus loin avec sa théorie de l’objet a, en démontrant que dans le fétichisme, il ne s’agit pas seulement de croyance mais d’un impossible à l’œuvre. L’objet a a plus de consistance que le phallus, qui reste toujours paré d’imaginaire. L’objet a est alors le semblant d’une jouissance irréductible, celle qui signale qu’il n’y a pas de rapport sexuel, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. La jouissance apparaît, du coup, à Lacan, non pas transgressive, mais, inutile.

Nous trouvons ici le fétichisme dans sa version irréductible du reste sinthomatique par laquelle « les trumains » jouissent de leur corps. (Cf. Séminaire Livre XXIII, Le sinthome)

Le déclin de la fonction paternelle et de la fonction normalisante du symbolique œdipien, associé à l’incidence du réel de la science, sur les objets, mais aussi sur les corps, et à la marchandisation capitaliste, favorisent, au XXIe, siècle une généralisation du fétichisme. Une multitude d’objets peuvent se présenter comme susceptibles d’assurer des jouissances multiples accessibles et dont le droit de cité est revendiqué.

C’est très souvent l’angoisse liée à ces diverses jouissances qui permet au sujet contemporain d’avoir recours au psychanalyste.

C’est, enfin chez les HOMMES que Lucia D’Angelo perçoit le mieux la pluralisation contemporaine de la jouissance permise. Reprenant d’ailleurs l’idée développée par Gabriela Grinbaum sur la fonction féminisante de l’amour (l’amour est ce qui établit un lien sur fond d’absence de rapport sexuel), elle indique comment cette féminisation atteint l’ensemble des êtres parlants dans le monde contemporain. Jadis promue au singulier, L’homme, comme la position qui s’orienterait exclusivement de la fonction phallique, le XXIe siècle donne une issue à la remise en cause de ce privilège en féminisant l’homme et du coup en le pluralisant.

Freud, au début du XXe siècle insistait sur les exigences morales liées au progrès de la civilisation et sur la difficulté grandissante de l’union génitale des sexes. Il se demandait quel était la cause du symptôme sexuel. Le polymorphisme de la sexualité masculine se présente dès lors comme un symptôme relatif au désir ou comme une fixation libidinale en ce qui concerne la jouissance sexuelle.

Lacan reprend, dans les années 50, la dimension sociale du symptôme de la sexualité, pour souligner l’intérêt de considérer les changements dans l’Autre de l’époque sur la diversité des formes et usages du symptôme dans la sexualité. Il met en avant l’incidence de l’imaginaire et la dialectique de l’amour et du désir. Le phallus, comme opérateur conceptuel, est présenté comme ordonnant l’imaginaire à partir du symbolique. L’objet a du fantasme institue sa dominance sur la jouissance.

Au XXIe siècle, la fragilité du symbolique face aux impasses de la civilisation entraîne des conséquences cliniques chez le sujet et dans sa sexualité.

Particulièrement, chez le sujet masculin, les semblants s’estompent ou manquent, dans un monde qui s’en pense libéré. La fonction de l’Autre s’incarne alors dans un appel à la surveillance, à la sécurité, au moyen d’appareils de régulation ou de légitimation.

C’est ici que la réponse du psychanalyste peut s’orienter du dernier enseignement de Lacan et de l’appui pris par lui sur le concept de non-rapport sexuel. C’est avec cette boussole que le psychanalyste peut examiner le régime de jouissance de la civilisation actuelle : idéaux et modes véhiculées par l’époque, quant à la jouissance sexuelle, la répartition systématisée (légalisée?) de cette jouissance. Il lui faut alors en tirer une clinique rénovée du malaise contemporain.

Dans la clinique du sujet masculin, le symptôme de la sexualité se présente par le versant du fantasme qui inclut l’autre comme partenaire. Hypothèse : la condition de la rencontre avec un partenaire sexuel est que l’autre consente à occuper la position d’objet a. La place de l’analyste dans la direction de la cure du sujet masculin sera alors celle du partenaire-symptôme. Son éthique sera celle d’entrer dans un « bain d’actualité ». (Cf. Séminaire Livre IV, La relation d’objet, Séminaire Livre XIX, … ou pire, et Séminaire Livre XXIII, Le sinthome)

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