« A propos du 5ème paradigme exposé par Olivier Barrier », par Geneviève Debru-Desjobert

Je vous avoue que l’exercice me fût difficile et son écriture périlleuse, entre contre-sens à débusquer en moi-même et précipitation en compréhension simpliste.

Nous voilà donc devant une invitation à circuler dans l’histoire du discours lacanien, à la recherche des points de butée, du passer-outre, de l’abandon des usages impropres des concepts.

Olivier nous faisant entrer dans le 5°paradigme établi par Jacques-Alain Miller, développe avec minutie toutes les variations discursives au long des séminaires, afin d’éclairer ce qui a amené Lacan à ce point de bascule dans sa pensée : point où il se sépare de son approche structuraliste et réductrice quant au rapport entre le sujet et ses  signifiants ; voilà que le corps et la jouissance, après avoir été réintégrés dans la signification, retrouvent leur place centrale en nouage du réel et du symbolique.

Désormais la question du Sujet est profondément renouvelée et donc aussi le trajet de l’analyse.

Je vais essayer de de me dire à moi-même ce que j’ai compris, à charge que cela soit épinglé parce que vraiment trop simpliste.

Avant ce point de séparation, l’écriture lacanienne quant au Sujet pouvait s’écrire : « un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant », redonnée en «  tous les signifiants représentent le sujet pour un signifiant qui ne le représente pas » : c’est là l’écriture du Sujet barré confronté à son manque dans l’Autre.

Avec  le paradigme de la jouissance réintégrée, l’écriture se donne ainsi : un signifiant représente une jouissance pour un autre signifiant.

Le sujet du 1° Lacan était exclusivement représenté dans l’Autre, comme le lieu où il s’aliène, parce qu’il y est nommé, il rentre dans le champ du langage qui l’excède et inscrit sa barre ; la jouissance était renvoyée à l’innommable du réel : la jouissance, conçue comme toute dans le réel, lui est interdite, parce qu’il est cet être parlant, représenté donc aliéné et ordonné à la Loi ; le seul accès, dans l’analyse, pour le Sujet à sa jouissance est pensé en termes de transgression, d’accès par le fantasme et sa traversée.

Dans la bascule du 2° Lacan, la jouissance ne peut se dire qu’entre les lignes puisque la loi reste ce qui en fonde l’interdiction, elle est donc divisée. Pour une part, il y a toujours « Das Ding », le pur hors-symbolique, rejeté par la loi, pour une autre part, un usage peut en être fait, pour autant que le sujet puisse inscrire son objet petit a, dans ses déclinaisons,  entre la jouissance et l’articulation de la chaine des signifiants, faisant « savoir ». Dans l’analyse, on ne parle plus de forçage, mais de faufilement au cours de tours et détours, autant qu’imposés par la répétition des allers-retours de la jouissance, jusqu’à constituer ce que JAM nomme « entropie »

« entropie », je suis allée chercher dans le dictionnaire : du grec, reploiement sur  soi-même .En physique c’est une grandeur  thermodynamique, dont l’augmentation est liée à la tendance naturelle qu’a un système à son désordre.  Il y a en effet grand désordre avant que le nœud puisse opérer et l’entropie se faire.

Après ce survol de la question, il convient d’entrer dans les détails :

Il y a un point d’origine, c’est le sujet d’avant la parole, le temps du corps, de ses effets éclatés de jouissance, qui  sont confrontés à l’inscription du signifiant primordial que le sujet à la fois rencontre et à la fois produit,  dans son histoire de Sujet situé. Le signifiant S1, qui est celui du Sujet en propre, vient s’insérer dans le corps : c’est la marque du trait unaire qui vient faire coupure, séparation entre la jouissance et le corps qui la soutient . Par la castration opérée, le signifiant S1 permet l’inscription des autres signifiants nommés l’ensemble S2. S’il n’y  avait pas ce signifiant primordial, les autres signifiants ne représenteraient rien. C’est lui, par la fonction du trait unaire, qui donne sens à la jouissance et lui permet de se manifester, de se récupérer : sa place dans le corps crée du vide où se loge l’objet qui sera vécu comme objet perdu de jouissance mais qui pourra délivrer des effets de sens : ainsi la jouissance s’est nouée au signifiant.

Il s’établit alors de la jouissance au signifiant, des allers-retours  qui font répétition, c’est la circularité primitive, par laquelle, à chaque fois, une déperdition de jouissance s’opère sous l’effet du signifiant qui sépare, qui mortifie la jouissance. Le signifiant reste ce qui aliène et fige le sujet ; l’action de représenter entraine une perte, elle produit du manque.

Ce que l’analyse apprend au Sujet, c’est qu’il faut cette perte, du vide à l’intérieur du sujet, pour que la jouissance mortifiée puisse, autant qu’il faudra de répétitions pour y parvenir, se récupérer comme plus-de-jouir. Cette opération n’est possible, rendant le sujet plus vivant, que si, là où la perte s’est inscrite dans le corps, l’objet perdu de la jouissance peut venir se loger. L’objet perdu incorporisé, de l’avoir perdu, peut se donner en objet a, à rechercher, comme plus-de-jouir. C’et la fonction de la castration symbolique de rendre accessible au sujet son désir. Tout le travail de l’analyse est d’en permettre un usage plus libre, ce qui suppose qu’il n’y ait pas de point de fixation trop rigide, issu d’une perte trop intolérable, ou trop innommable.

Lacan nomme Phallus, le nœud qui articule l’interdiction et le signifiant de la jouissance, la signification de la jouissance et son signifiant, distinction écrite en :

            -Phi, jouissance mortifiée pour le sujet barré

            Grand Phi, phallus symbolique, à ce titre non négativable

Éric Laurent, nous l’enseigne : « A n’est plus le lieu où le sujet s’aliène……Alors, le sujet accroche son petit a entre jouissance et savoir…..Désormais S/ est séparé de A,  mais il peut porter son adresse, s’adresser……C’est ce processus qui permet une certaine liberté de circulation de la jouissance : le réel et le sens, tiennent ensemble par le vide »

Pour conclure : Olivier Barrier s’est fait historien du changement dans le discours lacanien, observateur minutieux de la torsion des formulations à partir de leur point d’impasse

Il faut donc le relire.

Pour ma part, je me suis glissée dans son texte, à partir de la modeste question : est-ce que ce que je peux mettre en relation, je peux aussi le comprendre ?

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