A propos de l’exposé d’André SOUEIX prononcé le 3 novembre 2014. Par Joëlle Reix

A partir de la doctrine de la Jouissance, J-A MILLER dans le texte « les six paradigmes de la jouissance » qui reprend des cours de son enseignement prononcés au printemps 1999, essaie de traduire dans l’après coup donc le mouvement qui anime l’enseignement de Lacan. Il parlera également de photogrammes simplifiés (on pourrait considérer ce texte comme un album de famille qui présente 6 photos en noir et blanc d’un enfant qui grandit qui est à la fois le même et pourtant à chaque fois différent).

Rq/ JAM pourrait en faire autant me semble-t-il à partir d’autres doctrines par exemple celle du sujet.

André SOUEIX insistera dans son exposé de la dernière fois sur le fait d’historiser Jacques Lacan.

Il s’est centré sur les deux premiers paradigmes présentés dans le texte de JAM, c.-à-d. « de l’imaginarisation de la J à sa signifiantisation ».

Les six paradigmes de la J commencent en 1953 avec le Discours de Rome de J Lacan. Les deux premiers paradigmes recouvrent la période de 1953 à 1960 [qui correspond aux six premiers Séminaires et au ¾ des Ecrits, avec une scansion en 1957 année de l’écriture du texte l’Instance de la lettre de l’Inconscient, moment de séparation des deux premiers paradigmes.]

 

Suite à l’invitation de Francis RATIER (cf. le site de l’ACF-MP – ateliers du lundi) je vais essayer en écho à l’exposé d’André SOUEIX et à partir de la doctrine de la J présentée dans les 2 premiers paradigmes, de répondre au jeu du « c’est quoi ? » Mes réponses qui correspondront donc à la période lacanienne entre 1953 et 1960 vont être pour la plupart volontairement simplificatrices.

 

C’est quoi un paradigme ?

Nous avons appris ou redécouvert lors des deux premiers ateliers de cette année qu’on ne peut pas parler d’une théorie lacanienne mais de doctrines lacaniennes, que ces doctrines ne sont pas elles-mêmes figées mais prises dans des mouvements, que JAM en s’inspirant de la Science nommera paradigmes pour bien signifier leur cohérence interne mais aussi leur hétérogénéité.

Comme Eduardo SCARONE à l’atelier du 3 novembre, André SOUEIX s’est attardé la dernière fois à définir le terme de paradigme et en démontrer l’intérêt pour traduire cette évolution de la pensée de Lacan qui face à des impasses théoriques et cliniques passe d’un paradigme à un autre.

Un paradigme ce pourrait être une photo à un instant t.

 

Alors dans ces 2 premiers paradigmes, C’est quoi ? : L’inconscient, le sujet, le phallus, le symptôme, le désir, la psychanalyse, la cure, la pulsion, la libido, la J et la butée.

La doctrine du 1er Paradigme qu’est l’imaginarisation de la J.  n’est pas sans rappeler que Lacan part de Freud (celui de la 2ème topique) et nous dit que l’Image ordonne l’existence de l’homme

[Est qualifié d’imaginaire tout ce qui n’est pas susceptible d’être mis au rang de la satisfaction symbolique]

 

La 2ème doctrine de la J. se mêle à la première, puis la complète pour enfin la dominer dans le 2ème Paradigme.

JAM déclare que « Lacan montre la consistance et l’articulation symbolique de ce qui est imaginaire »

 

 

L’inconscient apparaît sous la loi de la parole

 

 

 

L’inconscient apparaît sous la loi du langage (donc structuré comme un langage)

 

Le sujet est presque équivalent à l’individu, la personne ; c’est le sujet du schéma L (écrit en 1955[1]) noté grand S. avec un point à côté (pas de barre) où dans le graphe de ce schéma son moi qui est noté petit a est la conséquence d’une relation imaginaire avec son autre, noté a’, c.-à-d. une histoire de parole et de miroir [« tu es ma femme » vient dire « je suis ton mari », « je veux me faire entendre de toi comme sujet »]

 

Le sujet c’est le sujet donné par le langage, il est divisé ; il y a 2 sujets celui de l’énoncé et de l’énonciation et il est noté S barré
Les lois de la parole montrent un non rapport entre l’imaginaire et le symbolique Les lois du langage sont celles de la métonymie et de la métaphore.

 

Le phallus a un statut d’image qui se distingue de l’organe Le phallus prend un statut symbolique, il devient signifiant, φ petit phi, le signifiant du désir, preuve de l’évolution vers la signifiantisation de la J

 

Le symptôme est imputable à un défaut de symbolisation ; il a un sens et peut être interprété.

La parole est bâillonnée : ça cherche à dire et en même temps c’est une satisfaction.

 

Le symptôme fonctionne sur le mode de la métaphore (qui n’est pas sans rappeler le mécanisme de la condensation chez Freud)

 

Le désir inconscient est possible à dire Le désir est lié au sujet du langage, il fonctionne sur le mode lui de la métonymie (cf. le mécanisme du déplacement)

Le désir s’en trouve impossible à dire (pas de fin)

 

Le fantasme est une relation entre images, un lien qui articule a-a’ Le fantasme est un scénario, une chaîne signifiante d’où la formule $<>a, où l’image en fonction signifiante est articulée au sujet symbolique (et non à une autre image), soit donc une connexion entre le symbolique et le libidinal (la pulsion). Le fantasme apparaît comme l’appareil à faire jouir, seul qui articule le $ à la J.
La psychanalyse une expérience de parole, le sujet veut comprendre ce qu’il dit, éprouve et pense

L’analyse, par la parole, se veut possibilité d’atteindre le sujet. Il s’agit de passer d’une parole vide (axe aa’) à une parole pleine (axe AS du schéma L).

 

La psychanalyse une expérience à 2, l’analysé et l’analysant, une expérience de déchiffrage [en tant qu’elle relève du symbolique et de son autonomie]

 

La cure cherche la signification profonde, une résolution du symptôme par l’interprétation (une logique d’abord intra-imaginaire pour devenir intersubjective) pour rendre conscient l’inconscient et trouver le sens caché

 

La cure se centre sur le fantasme et le désir et a pour objectif de permettre à chacun de trouver une solution de tenir dans son rapport à l’Autre.

 

L’outil du psychanalyste est l’interprétation, la coupure (silence, ponctuation) pour faire apparaître un sens nouveau L’outil du psychanalyste est une ponctuation du désir pour permettre au sujet un mouvement, une production

 

Le transfert appartient au registre imaginaire, il est rapporté à la J imaginaire

 

Le transfert est déplacé sur l’axe symbolique
Les pulsions appartiennent à la J imaginaire

La Pulsion commande.

 

 

Les pulsions se structurent en termes de langage, elles sont capables de métonymie, de substitution et de combinaison et peuvent s’écrire en termes symboliques et ce à partir du sujet symbolique, sujet de la demande de l’Autre ($<>D) [cette formule de la pulsion met le sujet en rapport avec une demande] on passe du besoin à la demande qui elle est prise dans le langage

 

La libido a statut imaginaire et la J est ici équivalente au ça freudien, elle est dite imaginarisée.

Le lieu de la J (distincte de la satisfaction symbolique) est sur l’axe imaginaire a – a’, tout investissement libidinal y est.

Ici la J est tension imaginaire entre 2 éléments « moi et l’autre que je vois dans le miroir ».

La J dite imaginaire n’est pas intersubjective, pas dialectique elle est stagnante

 

L’axe de la jouissance imaginaire apparaît comme en travers de l’axe symbolique et donc obstacle à l’élaboration symbolique.

 

 

Dans l’expérience analytique quand il est possible de faire rupture dans la chaîne symbolique, des émergences de la J imaginaire sont susceptibles d’apparaître [c’est aussi l’exemple de l’acting out, perversions transitoires, surmoi comme figure obscène et féroce]

 

 

On entre dans le mouvement de la signifiantisation de la J

La J est ici à 3 éléments : a a’ et A, la J est prise dans l’élément symbolique

[Lacan la démontre équivalente au signifié d’une chaîne signifiante inconsciente, cette J en sera mortifiée.]

 

C’est avec le concept du désir que s’effectue cette signifiantisation de la J (cf l’écriture du graphe du désir) La base minimale du schéma du graphe du désir est une circulation et deux points de blocage, appelés points de capiton (ex le NDP)

Ce ne sera donc plus une histoire de lieux (comme dans le schéma L du temps du 1er paradigme) mais une histoire de vecteurs c.-à-d. les choses ne sont plus données mais à produire : le sujet doit faire un parcours

 

la J est alors répartie entre désir et fantasme :

on peut l’écrire avec deux termes :

– en plaçant le désir en position de signifié de la demande inconsciente qui elle s’écrit avec la formule de la pulsion

($<>D)

d

écriture qui fait apparaître le désir comme mort

– le fantasme $<>a comme 2ème terme de la J qui s’inscrit lui dans le vivant en faisant apparaître le « petit a » qui conserve ses attaches à l’imaginaire et au libidinal.

 

Impasse ou butée

 

L’impasse est qu’avec le seul instrument qu’est la parole on ne peut pas tout attraper dans la cure, quelque chose échappe, on ne peut toucher à la pulsion.

 

Cette signifiantisation de la J place le sujet barré comme un être mort parce qu’il est seulement fonction signifiante

Désir et fantasme ne saturent pas ce dont il s’agit dans la J.

 

 

Imaginaire et symbolique butent à rendre complètement compte de ce qu’il en est de la J.

Alors où se trouve la satisfaction si elle ne se rencontre ni dans l’imaginaire ni dans le symbolique ?

 

[1] Ce schéma apparaît pour la première fois dans le séminaire II en 1955 du « moi dans la théorie de Freud et dans la technique analytique ». Il est dessiné ainsi sous le titre « La fonction imaginaire du moi et l’inconscient ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s