AGEN – 12 juin 2015 : Soirée Cinéma-Débat autour du film  » OF MEN AND WAR »

 La place de la guerre

             A nous entendre nous voudrions la paix et pourtant, ici ou là, ici et là nous avons la guerre.

Changeante dans ses manifestations, elle est presque de partout et presque de toujours.

Dans l’histoire des hommes elle semble inexorablement revenir à la même place.

Préhistorique dans la nuit des temps, archaïque ensuite, ancienne hier, elle épouse voire précède, aujourd’hui, la modernité.  Elle accompagne sans solution de continuité la vie des hommes en société. Loin de s’opposer à la civilisation elle en constitue la face sombre.

Même s’ils furent nombreux, les projets de paix perpétuelle ne sont parvenus qu’à accoucher de guerres nouvelles. Avec le bonheur que l’on sait, à l’issue de la première Guerre mondiale,  le Président Wilson voyait s’établir devant le monde enfin réconcilié, une paix garantie à quatre-vingt-dix pour cent.

                La guerre est là, pas toujours identique à elle-même mais toujours présente.

Un groupe contre un autre, un état s’opposant à l’état voisin, une nation soucieuse d’en découdre avec une autre, diffuse, pulvérulente, émiettée, locale ou intermittente, elle donne  à chaque fois raison à Thucydide pour lequel «toute guerre est une guerre civile». Elle place front contre front les uns contre les autres et à l’échelle historique s’avère inéliminable.

Chevillée au corps du lien social elle en embrasse la logique et les formes ondoyantes.

                 Au-delà des idéaux majuscules de «l’au Nom de» : la Justice, le Bonheur, sans oublier la Paix, les formes contemporaines de la guerre dénudent son noyau impérieux et féroce.

Quand bien même elle ne se ferait plus seulement avec le corps des hommes – mais où et quand le corps dans la guerre ne s’est-il pas prolongé d’un objet, d’un outil utilisé comme arme ? – elle implique le regard du pilote de drone, la parole, le discours, la technologie humaine, un montage, un calcul, une décision.

Elle mobilise en masse mais engage un par un, outre le corps vivant de chacun des sujets, son rapport à la vie, le goût ineffable qu’elle a pour lui, la façon dont il la vit et la fait vivre, sa subjectivité.

                 Le savoir expert et cynique de Joseph Staline lui permettait de déclarer : «Une mort, c’est une tragédie, des millions, une statistique.» mais pour les hommes le

traumatisme ne se collectivise pas, les morts, les blessés, les témoins, les contemporains, les militaires et les civils, les femmes et les enfants s’entendent un par un.

Tous pris dans le lien social mais chacun prenant place d’une incomparable façon.

La guerre n’est pas la barbarie, la limite outrepassée de l’humanité mais la trace même sur le corps des vivants de la puissance des discours qui les tiennent et l’au-delà d’une régulation paisible et raisonnée s’ouvre devant celui qui parle.

 Ses mots et ceux des autres, les discours qu’il entend et ceux qu’il profère l’entrainent plus loin, ailleurs que là où il prétendait se rendre. Le corps parlant prend possession du corps vivant et la guerre fait sourdre cet embrasement des corps par la parole.

Elle porte à incandescence à la fois la soif de vivre et la rage de mourir que la parole emporte.

En ce sens la psychanalyse a quelque chose à en dire, quelque chose à en apprendre.

Francis Ratier, Psychanalyste, Toulouse

Membre de l’Ecole de la Cause Freudienne

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