ECHOS DE LA CONFÉRENCE DE MICHÈLE ELBAZ, par Eduardo Scarone

L’issu(e) de l’analyse. Une conférence de Michèle Elbaz à Toulouse

par Eduardo Scarone

rectoMichèle ELBAZ est psychanalyste à Bordeaux. Elle est membre de l’ECF et de l’AMP et elle a été nommée AE en septembre 2013. Le samedi 7 mars, elle a prononcé une conférence à Toulouse sous le titre « L’issu(e) de l’analyse ». Ce titre est intimement lié à sa trajectoire et à son expérience de la psychanalyse.

Je vais commenter brièvement cet aspect que j’isole de la richesse de sa démonstration.

Cette conférence fait partie de sa mission d’AE, pendant 3 ans, et le titre annonce ainsi qu’il s’agit d’aborder la question de la fin de l’analyse, du moment de passe et de sa démonstration qui a conduit à sa nomination comme AE. Michèle Elbaz, dès le début de son intervention à Toulouse, précise que l’écriture de son titre indique qu’il n’y a pas de fin sans extraction et distingue l’expérience de l’analyse de l’expérience de la passe. Entre les deux, il s’agit plutôt de disjonction que de continuité, puisque la passe surgit d’une manière contingente, liée à la hâte, et elle constitue toujours une surprise, se détachant de la logique de la cure faite d’automaton et de tuké.
Je précise que le mot « issu » est le participe passé de l’ancien français issire, dérivé du verbe latin exire, sortir. De cette forme grammaticale le français ne conserve qu’un usage dans l’expression « être issu » qui veut dire « résultant de », ou « né de », où Michèle Elbaz situe cette extraction qui permet alors l’issue.
Dans le titre de Michèle Elbaz ce mot marque qu’il ne s’agit pas ici d’un arrêt suffisamment satisfaisant de la cure, mais qu’il peut y avoir une fin conclusive. Toutes les fins peuvent être heureuses, disait Michèle Elbaz citant Jacques-Alain Miller, étant donné qu’elles impliquent un consentement à l’impossible. Mais la passe produit l’analyste et celui-ci continue à être analysant sans l’analyste.
Ainsi elle nous indique que la cure peut livrer sa logique à partir de ce qui détermine sa conclusion, et que, je cite: “l’analyse est surprise par sa fin. Pas moins l’analyste et l’analysant.”

Les circonstances de sa naissance et un événement de parole dans la phrase du médecin, avaient mis fortement en question l’issue côté vie du nouveau né. D’autres péripéties l’ont maintenue sur ce seuil.
Le développement de l’analyse permettra de déchiffrer et de réduire la charge dramatique de souffrance et d’autoriser une fin plus plus allégée : la sortie par un Witz, qui se présentera comme un signifiant nouveau, hors de la série des signifiants précédents. Michèle Elbaz se surprendra elle-même en prononçant dans l’analyse le mot : « pas achevée » qui renvoie à son entrée dans la vie et rend compte aussi du trajet de celle-ci comme un résultat qui dissipe la charge d’angoisse.
Ce trajet s’est déplié à partir d’un désir, connecté à la première audace de se maintenir en vie, choix forcé qu’il faut situer au niveau du réel, à la racine dénudée du refoulement, nous disait Michèle Elbaz. Ce désir a été mené jusqu’à son terme, épuisant le sens, jusqu’à trouver la percussion initiale des mots et du corps. Un désir pas sans risque qui permit de forcer les identification, les images. De cette manière elle peut rencontrer la lettre d’une différence absolue, ce qui est visé par la psychanalyse. Ce « pas achevée » se présente ainsi comme un des noms du pas-tout, caractérisant et bordant une jouissance féminine, et qui n’est plus un message à déchiffrer, mais une conclusion dont on pourra déterminer la logique quant à ce qui a été traversé.
Une extraction est ici nécessaire pour passer de la singularité de la succession des signifiants qui ont chiffré l’histoire subjective à l’obtention du sans pareil de la fin de l’analyse : un signifiant tout seul, sans réponse, univoque.
L’instant de la passe rend compte de l’exil du sujet par de multiples déplacements qui se sont produits la vie durant et pendant l’analyse, et qui ont été déclinés de diverses façons.
L’extraction marque le détachement obtenu par rapport à la pulsion de mort et autorise ainsi aussi bien la sortie de l’analyse que son résultat : un analyste comme produit de l’analyse soutenu du sans pareil qu’il a atteint. Surgit alors un nouveau commencement et un savoir nouveau qui sera à inventer dans l’outrepasse.

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