Lundi 3 décembre : Soirée préparatoire !

La guerre, face obscure de la civilisation

Cri et silence espagnols

         

           Par sa durée,  ses caractéristiques paradoxales, l’importance des populations civiles et militaires qu’elle mobilise, l’intensité de la violence dont elle est le théâtre, la rage destructrice quelle emporte, la complexité des calculs qui l’accompagne, la Guerre d’Espagne se présente comme une situation extrême et convoque au choix éthique aujourd’hui comme hier.

            Elle oppose le frère au frère, soi à l’autre soi-même, porte à son comble l’agressivité spéculaire, déchaîne « les puissances sombres du surmoi »1 et de la pulsion de mort, fait exister l’Autre majuscule implacable. Elle demeure, plaie ouverte ou cicatrice majeure, dans la mémoire contemporaine.

            « L’Histoire de la guerre a été très longtemps difficile à faire car en 1936, écrire sur la guerre c’était y participer ; de 1939 à 1975, c’était la prolonger ; et pendant la transition démocratique, c’était y mettre fin. »2 En sommes-nous là ? Rien n’est moins sûr !

Toutes les fins ne se valent pas, toutes ne permettent pas de faire passer la mémoire à l’Histoire. Enjeu vivant de la mémoire collective, la Guerre d’Espagne n’en finit pas de ne pas finir, pas davantage dans l’inconscient son coup de tonnerre de retentir.

            Les sujets que la psychanalyse considère un à un plongés dans le discours de l’Autre, tiennent à l’Histoire aussi par leur inconscient. Loin de s’exclure l’un l’autre, inconscient et politique se coordonnent, se superposent, se confondent, se fondent :

« L’inconscient, c’est la politique ». 3

            « L’Histoire immortelle accomplit des choses étranges en croisant la trajectoire de l’amour des corps mortels [….] » Les mémoires une à une, les traces l’une après l’autre, amènent au jour la façon toujours singulière dont l’inconscient et le discours du Maître s’articulent pour un sujet, mettent en évidence au joint du collectif, comme avatar de l’individuel, et du plus intime du sujet, la frappe unique qui imprimât sa marque.

             Freud, Lacan, l’expérience des sujets en analyse, nous permettent de rendre moins opaque le voile jeté sur les traces psychiques laissées par la Guerre d’Espagne dans l’inconscient de nos contemporains, dans le nôtre d’abord.

            Comment s’est-elle inscrite dans la mémoire des sujets ? Progressivement écrite dans le grand livre de l’Histoire qui avale tout, terrible et douloureuse mais inactive à jamais ? Inoubliable parce que refoulée comme Freud en démontre le mécanisme dans son Moïse et le monothéisme ? Comme un blanc saturé de vide? Ou bien un trou, un trou actif sans bord ni limite, sur le modèle de la forclusion ?

            Exposés théoriques et scansions cliniques alterneront pour explorer ces différentes modalités de la mémoire et le lien entre guerre – ici la Guerre d’Espagne – et inconscient.

Francis Ratier

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